Celle(s) qui

Une qui a nous attendus longtemps et avec impatience, et une qui nous a rencontrés par surprise, et qui nous a aimés avec maladresse. Une qui s’est battue pour, et une pour qui tout s’est fait naturellement, par la force des choses.

Une qui s’est extasiée sur chaque détail, et qui a veillé sur la croissance comme on garde un trésor. Une qui a pris des notes et s’est imprégnée de tous les souvenirs. Une qui n’a pas eu le temps ! Une autre qui a perdu la mémoire.

Une qui s’est tracassée à l’excès, et une autre qui a vécu insouciante et confiante, assurée de sa bonne étoile.

Une fière et silencieuse, mais qui continue de prononcer des sentences comme si nous étions éternellement des enfants. Une qui se tait. Une qui punit. Une qui aide et conseille.

Celle dont on a emprunté les habitudes malgré nous, et souvent on s’en rend compte au détour d’une situation ou d’un reproche.

Celle qui compte, celle qu’on ne veut jamais perdre, parce qu’on sera seuls au monde.

Celle qu’on déteste par moment, qu’on ne peut plus supporter tant elle nous exaspère. Puis celle qui nous manque au point que notre corps se crispe. IMG_3845

Celle dont on reconnaît les traits dans le miroir ou sur les photos, et de loin les traits de sa mère à elle. Celle à laquelle on ne ressemble pas nécessairement.

Elle qui a en elle une source infinie de pardon et de tendresse. Elle encore qui tend la main et sourit avec son regard. Puis nous blesse avec férocité. Une qui a déraillé et s’est perdue. Une absente. Une qui est maintenant fatiguée.

Une qui veut qu’on accomplisse sa tâche mieux qu’elle. Une autre qui veut qu’on se réalise différemment, et une, neutre, avance prudemment.

Celle qui ne nous comprend pas, sourde et entêtée. Celle à laquelle on peut tout dire, et qui sera notre alliée. Celle qu’on admire ou celle dont ne parle pas. Celle qui fait équipe ou une solitaire héroïne.

Et celle à laquelle on en veut toujours, avec laquelle on est si durs, et pourtant on aimerait parfois se blottir contre son sein, et attendre que la tempête se calme.

Car ni l’amour ni l’entente n’est ce qui nous lie à notre mère : nous sommes unis à elle par l’espoir.

 

Photos de l’hiver 2011 « 3 générations », par la talentueuse Daphné Aboulker

2 réflexions sur “Celle(s) qui

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