L’Ulpan aleph – en apprenant l’hébreu

On y va soit tôt le matin, soit tard le soir. C’est l’un des premiers mots que l’on apprend et retient : l’ulpan, ou les cours d’hébreu.

Parfois on vient à pied, parfois en bus, et certains se promènent avec la batterie de leur vélo électrique à la main, pour éviter de se la faire voler s’ils la laissent sur le trottoir. D’ailleurs, c’est sans doute la deuxième leçon qu’on apprend : quand et comment on se rend en cours, et on répète mécaniquement qu’on vient à l’Ulpan Neve Tsedek pour y apprendre l’hébreu à Tel Aviv. Dans quelques leçons, on saura aussi expliquer qu’on est là tous les matins du dimanche au jeudi, car nous sommes « de bons élèves », talmidim tovim. Au bout d’un mois, on arrivera même à réciter les horaires des cours, et on pourra avec quelques verbes basiques formuler des phrases gauches.

Le début du chemin est si escarpé ! Il nous faut parfois commencer depuis rien, ou pour d’autres se remémorer des souvenirs lointains d’une éducation religieuse. Certains ne connaissaient que quelques expressions qu’on utilise par habitude familiale: Labriut! (à tes souhaits). Alors, on découvre depuis zéro une langue que certains n’ont entendu que de loin, si étrange et inhabituelle. On ne comprend aucun des deux alphabets, cursif ou imprimé, et toutes les lettres se ressemblent et s’emmêlent. Nos esprits butent sur les mots qui restent impénétrables, et on se noie dans le bain linguistique.

3778a4d3-74bf-420f-951c-8aed2ab84230Méthodiquement, on répète les mêmes phrases, on répond inlassablement aux mêmes questions. On assimile des sons qui nous semblent incohérents, on s’acharne pour dérouler le fil du sens. On découvre les visages fatigués, concentrés et parfois découragés de nos camarades tôt le matin. On se bat pour comprendre, et parfois certains désertent la classe. Il y a ceux qui sont si impatients de pouvoir communiquer, et sont tant frustrés que les mots n’abondent pas aussi vite que la pensée. Il y a ceux qui ont laissé leur vie ou leur famille dans leur ancien pays, et n’ont pas le temps d’être patients : il faut qu’ils parlent vite l’hébreu pour se mettre au travail en Israël! Chaque jour, il y a ceux qui se rendent compte d’à quel point c’est dur d’être ici, et de devoir avancer pas à pas pour construire sa nouvelle vie. Il faut savoir s’adapter et rester humble, nous dit-on.

Il y a ceux qui ne parlent même pas l’anglais, et on leur mime les significations des mots.eadfb2e0-b053-46f9-8442-c7dcdf6fc12e.JPG Il y a ceux qui angoissent, et prennent en photo le tableau pour réviser plus tard – et l’envoient bien sûr sur le groupe Whatsapp commun. D’autres leur prennent la main, et les rassurent : « Tu vas voir, on va tous progresser ! » et « Il faut tenir ! ».

Et puis, il y a la joie et la satisfaction quand on identifie enfin un mot et qu’on s’enchante de la sonorité de l’hébreu. Qu’elle est douce, la musicalité de Jérusalem, la non lointaine « Ihéruchalaïme » ! Parfois on reconnaît un groupe de mots dans une conversation et on se sent si fiers. Il nous arrive fréquemment de faire des contresens, car c’est curieux de donner le nom de « mafia » à une boulangerie ! On rit, on s’épuise à essayer, mais au bout d’un mois dense, enfin, on lit. Ça y est, le sens s’entrouvre pour nous. On parvient à comprendre, en ânonnant, des petits textes, puis le nom des rues. On se sourit entre nous, complices, on s’applaudit à la fin des cours, on se lie.

Notre hébreu est coloré de nos accents anglais, russes, français, espagnol et même portugais.

On découvre un peu les subtilités de la langue, les racines communes des mots, le caractère direct et sans ambages de l’hébreu. On respire un peu plus amplement. On a franchi une première étape.

A l’ulpan, il y a aussi ceux qui apportent des gâteaux à la pause de 10 heures, et il y a un chat au pelage écaille de tortue qui se dore au soleil sur le banc à l’entrée. Il quémande des caresses auprès des élèves, et parfois il s’oublie et nous griffe.

De temps en temps, il y a un Français qui chante Brassens en hébreu à la guitare, et on se sent nostalgique et un peu ému, aussi, en l’écoutant.

3 réflexions sur “L’Ulpan aleph – en apprenant l’hébreu

  1. Comme chaque fois j’aime te lire. C’est dur d’apprendre une autre langue comme moi avec le français . De retour depuis hier à Lyon et déjà Israel me manque. Gros bisous et change rien 😘 Annekee

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