4 grands fails du Brésil

img_5053On a vite fait d’idéaliser la vie au Brésil, parce qu’il fait beau, parce qu’on s’y sent bien, que les Brésiliens sont chaleureux et que leur langue est mélodieuse… Mais parce qu’on doit faire place à la vérité, je vous révèle les 4 fails du Brésil, les échecs les plus cuisants que j’ai vécus ici.

 

1)      L’humiliation de la danse

Un des plus gros échecs de ma vie est sans doute mon manque de rythme, j’ai même du mal à battre la mesure en suivant le tempo d’une chanson, mais j’ai toujours réussi à camoufler mes lacunes de musicalité en société européenne. Ici, c’est une cause perdue d’avance, la musique, le rythme et l’énergie de la danse font partie de l’essence des Brésiliens. Je n’ai jamais entendu une telle diversité de productions musicales originales à l’échelle d’un pays : funk (rap-pop des favélas), sertanejo (ballades amoureuses du Centre-Ouest du Brésil), pagode (ballade joyeuse), forro, et la samba bien sûr avec une variante samba-rock !

Surtout, les Brésiliens dansent d’une façon sensuelle, décomplexée et spontanée, seuls, en couple et entre amis. Ils encouragent les musiciens aux rondes de samba et chantent les airs qu’ils connaissent par cœur. Les Brésiliens piétinent, sambent, et dansent gracieusement, donnent des coups de hanches et virevoltent. Dans un bar à samba, il suffit de tendre le regard vers le sol et de repérer les pieds immobiles, fixes et sans rythme : ce sont ceux des gringos (les étrangers).

Quand les Brésiliens nous invitent à danser, nous les Françaises, c’est souvent que sonne le glas de l’humiliation. On ne peut pas les suivre, on ne donne pas le change. Et les Brésiliens sensuels mais pas diplomates pour un sou d’être saisis d’incompréhension : « Mais bouge tes hanches », « Mais enfin remue tes fesses » ! (« Meixe seu bumbum »). L’apogée de la gêne ayant peut-être été atteinte quand mon partenaire à un cours de forro leva la main pour prendre à partie le prof : « Je ne comprends pas ce qu’elle fait ! ». Mon honneur fut partiellement sauvé quand le malvenu partenaire fut rabroué par le professeur, selon lequel c’était à lui de me guider, mais la plaie demeure à vif.

2)      Le KO alcoolique

Apathie, vomissements, fièvre et tremblements : je ne décris pas les symptômes du virus Zika, mais bien les conséquences d’une nuit de fête au Brésil, bien ou peu arrosée. Quand je suis arrivée à São Paulo, je suis tombée comme trop d’entre nous dans la marmite infernale de caipirinha ; c’est incroyable comme les fruits tropicaux se mêlent harmonieusement à cet alcool suave : fruit de la passion, fraise, kiwi, ananas, les traditionnels citrons verts, ou les sortes de petites prunes acidulées appelées siriguela. Ces nectars frais et fruités camouflent bien leur teneur en alcool assommante, et à la sortie des boîtes et des bars les victimes trompées par le sucre, avachies et léthargiques, sont nombreuses.

Ce qui nous met à mal, plus que la vodka, le saké, le rhum, le whisky,la bière ou le vin, quoique franchement les mélanges ne profitent à personne, c’est la cachaça, ce spiritueux distillé à partir de la canne à sucre, et qui est particulièrement difficile à digérer. Certains développent des rougeurs sur le corps, d’autres sont plus rapidement ivres et souffrent le lendemain, même si la grande majorité s’en sort très bien.

Cependant, force est de constater que sur l’échantillon représentatifs de VIE que constitue mon groupe de copains, les victimes des trop nombreux black-out (Nicolas en parlant d’un bar: « J’y suis allé deux fois, mais je ne m’en souviens jamais »), pertes de conscience, discours et actes incohérents, gueule de bois monumentale (ressaca en VO), journées comateuses ou prise de poids exponentielle désignent de façon unanime un seul coupable : la cachaça do Brasil.

Spéciale dédicace à mon amie Ninon qui remarquait dans un éclair de lucidité que la majorité de nos interactions sociales avaient lieu quand nous étions ivres, et que par conséquent les gens n’avaient jamais l’opportunité de nous rencontrer, vraiment… !

3)     Le chaos climatique

Une amie me demandait récemment quelle était la saison à São Paulo en novembre, et j’ai mis une longue minute avant de trouver la réponse. A Sampa il peut faire 3 temps différents en une journée : il est courant de sortir de chez soi confiant par un grand ciel bleu ou en ayant un peu chaud, de vivre un calvaire de congélation au travail avec la climatisation poussée à fond, puis l’air de rien le temps vire aigre et une pluie torrentielle s’abat sur nous pauvres mortels. Enfin il cesse de pleuvoir et un vent frais pénètre les vêtements légers téméraires du matin vous laissant bleui et tremblant. J’exagère à peine : São Paulo vit quatre saisons en une journée.

La plus grosse marrade réside sans doute dans les pluies violentes qui nous laissent trempés et démunis, car quand il pleut ici c’est une petite mousson du désespoir. Si quand il pleut, ce sont les divinités du ciel qui pleurent, alors c’est la neurasthénie et la dépression qui les guettent du côté de Brésil. Les précipitations d’un mois de novembre à Paris vous tombent dessus en instant à Sampa, inondent les trottoirs, font déborder les gouttières et les égouts, immobilisent la circulation, détrempent tous les citadins et font la joie de tous les vendeurs de parapluie ambulants.

C’est ainsi que je me suis retrouvée à aller en réunion dans un bâtiment situé en face du mien pieds nus pour traverser la rue, car les caniveaux débordaient et que je voulais épargner mes chaussures.

4)      L’incompréhension du téléphone

Parmi les épreuves qui attendent celui qui émigre au Brésil, l’une des plus rude est celle du téléphone, lorsqu’au bout du premier mot, l’interlocuteur a déjà compris qu’il n’avait pas affaire à un natif. Quand le Brésilien perçoit qu’il va devoir faire un effort de patience et de concentration pour comprendre les mots balbutiés de façon malhabile par un étranger anxieux à l’accent lourd, l’autochtone est pris de lassitude. Il se braque, il se sent démotivé. Parmi mes réactions préférées, il y a bien sûr l’aide bienveillante mais un peu agacée « Se não é daqui, né ? » – soit « Tu n’es pas d’ici, bon, mais comment puis-je t’aider ?», la transmisson désespérée de l’appel à un collègue – peut-être qu’il aura plus de talent pour comprendre le gringo- ou la solution radicale du :« Não entendi » (je n’ai pas compris) avant de raccrocher simplement. Certains Brésiliens sont plus persévérants et tentent d’utiliser les ressources limitées d’anglais ou d’espagnol qu’ils possèdent mais entre ce qu’ils cherchent à exprimer qui n’est pas vraiment ce qu’ils veulent dire, ce que l’on croit entendre mais qui n’est pas vraiment prononcé, on n’en finit pas de ne pas se comprendre.

Au top des phrases les plus prononcées, caracolent en tête le désormais célèbre « Não entendi », les excuses répétées « Desculpa », les supplications de répéter « Pode repetir ? » ou les requêtes de parler moins vite «Mais devagar por favor », et on se souviendra longtemps de la sensation aigüe de défaite quand on nous demande au terme d’une conversation au téléphone: « Alors, qu’est ce que vous avez décidé ? », et que la réponse s’impose : « Je n’en sais rien. »

Mais au fil du temps, et aux termes des conversations répétées, on progresse et on finit par maîtiser l’art du discours téléphonique, même si pour les moins persévérants la solution réside dans l’envoi de petits messages via Whatsapp, l’application favorite des Brésiliens. Cependant le pìege de Whatsapp est l’utilisation obsessionnelle de la note vocale, car les Brésiliens gravent de véritables romans, le téléphone fixé à leur main dans tous leurs déplacements, de la rue, à la voiture aux toilettes. Il arrive fréquemment qu’on se réunisse entre gringos pour écouter en colloque une note et tenter de la décrypter. A plusieurs, on est plus forts !

 

Le voile est levé sur notre réalité des humiliations et des gênes, des défaites et des embarras du quotidien au Brésil. Ce sont bien peu de choses, mais elles pimentent nos vies de gringos, chaque jour plus empreints de « Brasilianité »!

3 réflexions sur “4 grands fails du Brésil

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