Les Jeux Paralympiques en 5 mots

Vendredi dernier, mon amie Coline et moi avons posé un jour pour aller assister aux épreuves des Jeux Paralympiques à Rio. Arrivées à Rio par le bus de nuit, nous avons fraîchement commencé la journée à 7h pour naviguer de surprises en émotions. Voici les Jeux Paralympiques résumés en 5 mots !

  1. P comme Prix

Le premier etonnement de ces Jeux est sans doute lié au prix des billets, qui ont été bradés pour remplir les stades, diront les mauvaises langues, ou peut-être pour rendre les Jeux Paralympiques plus accessibles aux Brésiliens. Pour les 4 épreuves que nous avons choisies pour le vendredi 16 septembre, nous avons payé 120 reais chacune (soit environ 33 euros), lorsque j’avais dépensé le double pour une seule épreuve aux Jeux Olympiques le mois dernier. Nous nous sommes imposées un marathon d’épreuves, commençant dès 8h30 au Village Olympique par l’escrime en chaises roulantes pour enchaîner avec le rugby et le goalball (sorte de football pour malvoyants) et terminer au stade Engenhão par l’athlétisme.

En conséquence les stades sont bien remplis et le Village Olympique résonne d’un joyeux boucan, les volontaires paraissent plus gais et détendus qu’aux JO. On a vu passer entre deux épreuves  un bloco de Samba entre les stades, ces regroupements de danseurs qui avancent en chantant, suivis de voitures et de la foule qui danse et aplaudit. On se fait avec Coline la réflexion que cette manifestation n’est même pas surjouée, elle est le témoin de la gaité et la joie de vivre naturelle des Brésiliens.

  1. R comme Règles

Ou plutôt I comme Incompréhension totale, puisque les sports paralympiques sont différents des sports auxquels on a coutume d’assister : ils sont soit complètement nouveaux, soit aménagés, ou légèrement adaptés aux handicaps des joueurs.
L’escrime en chaises roulantes est ainsi aménagée puisque les fauteuils sont fixés au sol dans une sorte de cadre en métal, et les lutteurs sont sanglés aux fauteuils pour éviter qu’ils n’utilisent la force de leurs jambes, pour ceux qui en ont.  En effet, certains lutteurs marchent ou boitent, quelques uns sautillent appuyés sur des béquilles,  d’autres ne quittent pas leurs chaises roulantes. Certains athlètes n’ont qu’un bras et d’autres ne présentent pas d’handicap visible, ce qui nous laisse parfois perplexes.

Le rugby en chaises roulantes est un jeu 5 contre 5, tandis que les déclinaisons de l’athlétisme sont bien semblables à celles des jeux valides : sauts en hauteurs de joueurs avec prothèses, ou sans bras, course de 100, 400 ou 1500m en chaises roulantes, en tricycle, à pieds ou à prothèses, lancers de poids… Enfin je développerai la nouveauté totale qu’a été pour moi le goalball plus loin.

Même quand on connaît vaguement le sport, les codes demeurent parfois mystérieux, img_1102et à l’escrime en chaises roulantes, cela donne un dialogue absurde entre Coline et moi :« Mais en fait, c’est quoi les règles ? » « Ben il faut qu’ils se touchent avec la pointe. », mais comment ? Où ? Comment marquer un point ? Au bout d’un moment on comprend un peu mieux la constitution des équipes, les prémisses de l’affrontement.  On assiste gaiement à la victoire de la France contre le Brésil, mais sans vraiment pouvoir encourager nos représentants puisqu’on peine à savoir pourquoi une touche a porté ou non. On hurle dans le doute un peu tout le temps.

  1. T comme Torcida

Comme les billets étaient vraiment donnés, nos épreuves se chevauchaient et on arrivait aux jeux à un horaire aléatoire en fonction de nos pérégrinations. La chance qu’on a eue avec Coline a été de débarquer aux rencontres systématiquement à un moment où jouait le Brésil ou la France, on a assisté à France-Brésil en escrime, France-Suède et Brésil-Angleterre au rugby, Brésil-Suède au goalball et un défilé de mille nationalités à l’athlétisme. Évidemment l’enjeu du match est plus intéressant quand on soutient une équipe, verte brésilienne ou bleue patriote.

Comme je l’ai mentionné, les stades étaient pleins et l’ambiance à son comble : c’est la Torcida Brasileira, la force et l’engouement des supporters. Au rugby, on a croisé dans les tribunes des écoliers concentrés sur le match et complètement déchaînés aux intermèdes, se déhanchant follement sur Rihanna ou du funk brésilien et encourageant le DJ plutôt que les joueurs. Une atmophère bon enfant mais qu’on ne s’y trompe pas : ici on soutient le Brésil.

Au goalball on a vécu un moment très spécial, puisque comme les joueurs sont aveugles, le silence est imposé et on rappelle aux spectateurs de maintenir le « Silence, please » très régulièrement. Les Brésiliens ont du mal à rester disciplinés, ils ont envie de crier et de soutenir leur équipe, à chaque occasion manquée ils soupirent, à chaque poteau ils respirent lourdement, à chaque espoir de marquer ils s’agitent nerveusement, et toujours l’arbitre répète inlassablement de se taire. Du coup, quand le Brésil marque enfin, après avoir été mené 4-0, c’est le déchaînement, la furie collective. Le stade se lève comme un seul homme et hurle « Eu acredito ! » (Moi j’y crois !)  ou « Brasileiro ! É orgulho, é amor ! » (être Brésilien, c’est la fierté, c’est l’amour) et clame « Brasil, Brasil, Brasil ! ». Mes détracteurs disent que je suis trop enjouée, mais c’est diffficile de ne pas être émue devant cet élan collectif alors que les joueurs malvoyants comprennent qu’ils ont marqué en percevant les 2 coups de sifflets couverts par le rugissement de la foule.

  1. G comme Goalball

C’est mon coup de coeur des Jeux, un sport dont j’ignorais tout. Les joueurs arrivent guidés, en se touchant par l’épaule, puisqu’ils sont malvoyants. Le terrain est réduit et les cages couvrent 2 côtés opposés. Chaque équipe est composée de 3 joueurs, et chaque membre du trio prend la balle qui contient des grelots, tourne sur lui-même sans rien y voir donc, et lance la balle vers la cage de l’équipe adverse, qui, couchée, se positionne pour intercepter la balle. C’est tout à fait fascinant et dynamique !

La Suède mène 3-0 puis il y a un coup franc pour la Suède car un joueur brésilien a comis la faute de parler pendant le jeu, empêchant les adversaires d’entendre correctement les tintements de la balle. A 4-0, le Brésil marque coup sur coup 2 buts et la foule est en ffftranse ! Puis un coup franc et un autre but brésilien mettent les deux pays à égalité et entraînent l’affrontement vers les prolongations. Le Brésil remporte le match 6 à 5 et le public de multiplier les chants de gloire et les vagues de olas bruyantes.

Je suis enthousiasmée par la tension du match, les visages crispés, inquiets et maintenus au silence qui contrastent avec les cris de joie qui déchirent le faux calme et les arbitres qui essayent de contenir les Brésiliens exaltés. Les joueurs sont agiles et précis, ils mènent un jeu d’équipe construit. Et la victoire du Brésil est forte et éclatante, les joueurs tombent au sol, se serrent dans les bras sous les ovations.

C’est un sport que j’ai envie de tester, si on trouve une fédération ouverte aux voyants à São Paulo.

  1. A comme Athlètes

Ce sont les athlètes qui ont impressionné les spectateurs à ces Jeux, plus que leurs performances je pense, en dehors de toute considération de victoire. La grande majorité des spectateurs est valide, même s’il y a plus de personnes handicapées  qu’aux JO. Comme le souligne Coline ironiquement « En fait les aveugles ne peuvent pas vraiment apprécier le Goalball (le foot pour malvoyants) et un ancien champion ne peut pas devenir entraineur ! ».

gtgtA l’athlétisme des coureurs sans bras ou sans une jambe courent en 2 minutes 1,5 km alors que je peine en 7 minutes à achever un kilomètre avec mes 4 membres en bonne santé.  Au rugby en fauteuils roulants, le meilleur joueur de l’équipe de France est un homme sans bras  et sans jambes, qui attrape le ballon avec un avant-bras et fait avancer son fauteuil de l’autre. Au rugby, la violence est la même que celle d’un jeu de rugby valide, les joueurs se heurtent avec leurs fanteuils, se renversent et perdent leurs roues, qui sont changées fréquemment. Les joueurs se provoquent, se cherchent et se narguent. On ne fait pas de quartier, même pour des joueurs estropiés ! (niveau de blague : Carambar)

Mais à la fin des rencontres les joueurs sont tous applaudis, à l’escrime les lutteurs recoivent une ovation quand ils rentrent et sortent du stade. Certains marchent et poussent leur fauteuil, tous les athlètes sont grands et puissants.

En achetant leddds billets, je me suis demandée si je me sentirais mal à l’aise ou gênée en assistant aux Jeux, mais on a juste été impressionnées et émues par tant d’énergie et de ténacité. Bien sûr qu’on a vu et observé les handicaps, mais on a été prises par le jeu et on a ressenti le plaisir des rencontres sportives jusqu’à l’absurde :  « Si j’étais aveugle, j’aimerais bien faire du Goalball » ou « Mais en fait quand t’as pas de bras, tu cours plus vite ! ».

A l’athlétisme où les épreuves et les remises de médailles s’enchaînent, le public se lève systématiquement pour rendre hommage aux hymnes des vainqueurs et le respect, l’énergie et la vie nous unissent.

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