10 expressions pittoresques du portugais du Brésil

Au gré des rencontres avec des Brésiliens de divers milieux,  de contrées variées, croisés dans des lieux multiples, j’ai entendu des accents et des expressions, des façons d’agencer le discours et les mots, et j’ai appris à aimer les sonorités particulières du portugais chatoyant et musical. Les Brésiliens ont une façon extraordinaire de faire vivre leur langue et de la rendre féconde de créativité, en la nourrissant de nouveaux mots, de diminutifs, d’ajouts, de bizarreries et de bigarrures.

J’ai choisi mon top 10 des expressions les plus représentatives du portugais, les formes les plus amusantes et pittoresques, les mots que j’aime et qui révèlent la culture et l’art de vivre du Brésil.

  1. Pas seulement le connu « Oi, tudo bem ? » mais l’extrardinaire multiplicité de façons de se saluer et de se demander comment on va : « Olá, tudo certo ? , tudo ótimo, tudo em ordem ? », « Tá legal ?», « Beleza ? », autant de formes qu’on peut échanger presque à l’infini quand on rencontre quelqu’un au travail ou dans la rue: et comment va ta femme, comment se sont passées tes vacances ? Et ton week-end…?

Celui qui passe à côté de ce jeu verbal est socialement à l’ouest car tout est bon pour créer du contact, nouer un lien avant de rentrer dans le vif du sujet.

  1. Au Brésil, lorsque l’on remercie quelqu’un, l’interlocuteur ne répond pas juste ‘de rien’ car il y existe une sorte de surenchère de l’amabilité . Il répondra « Imagina, que isso ! », traduit comme « Laisse tomber, ne me remercie pas ! ». J’adore l’idée de se faire gentiment rabrouer parce qu’on est poli, que cela signifie que rendre service est naturel et évident.
  2. « E aí ! », littéralement « Et là ! », ou « Ben alors » : c’est l’interjection qui ne veut strictement rien dire,  qui ne renvoie à rien, et qu’on emploie à chaque instant et dans tous les sens.  Dès qu’on arrive dans un endroit, on peut dire « E aí ? » pour commencer à prendre la parole. « E aí beleza ? »: « alors, ça va? », « E aí, vamos ? », « on y va ? », « E aí Tati ! » : « Tu es là! » Finalement le « E aí » est juste une joyeuse façon d’interrompre le silence.
  3. « Aqui o ! » est l’expression tronquée pour « aqui olha » : regarde ici. Dès que l’on évoque un objet, un endroit, une personne, il est courant de le désigner en pointant du doigt et en s’exclamant : ‘aqui o !’. Par exemple « cade você ? Aqui o ! » “Où es-tu ? Regarde-moi, je suis ici!”. Je trouve génial d’avoir un langage aussi visuel et autant porté sur la traduction verbale du geste.
  4. « Cara ; Pessoal ». Ce sont deux exclamations possibles, l’une qui désigne  une personne, l’autre un groupe, littéralement ‘mec’ et ‘les gens’ ! Dès que l’on s’adresse à une assemblée on doit la nommer. « Pessoal, escuta!» : « Les gens, ecoutez-moi !” On peut remplacer le terme par « equipe » ou ‘turma’ mais si vous voulez être écoutés, il faut apostropher votre auditoire efficacement, comme si le fait de interpeller faisait exister le groupe et le rendait réceptif au discours.
  5. Au Brésil, on utilise rarement le prénom de l’autre, on aura tendance à l’appeler par son diminutif, je suis Tati ou juste « Ta », ma chef Fabiana est Fabi ou Fa. Mais on pourra aussi se donner des surnoms affectifs entre collègues, sans être proches, juste parce qu’on a l’habitude d’être ensemble. Le Brésil est peut-être le pays le plus tendre dans lequel j’ai vécu puisque mon chef brésilien m’a déjà demandé de lui remettre un dossier urgent, ‘Ok, flor ?’ tout-à-fait: « Ok, ma fleur ? », la première fois on est un peu surpris d’être appelé ‘meu bem’ (mon bien) ou « amor » (celui-ci frise peut être la misogynie), mais on s’habitue à la tendresse du langage.
  6. Le Brésil à la spiritualité assumée et expressive. On peut être catholique, évangéliste, juif ou peu importe, ce qu’il faut c’est montrer son attachement à Dieu. Ainsi tout dépend de la volonté divine, rien n’arrive si dieu ne le veut pas et si quelque chose survient, c’est « Graças a Deus ».Rendra-t’on le projet à temps ? « Se deus quiser. » « Ta fille étudie bien à l’école? “Graças a deus, oui”, mais aucunement grâce à son travail à elle !

Et quand la journée se termine, il est courant de se souhaiter mutuellement de « ficar com Deus », de rester avec Dieu!

8. Sans doute mes expressions préférées sont-elles celles liées à l’emprunt de l’anglais, mais complètement interprétées et ré agencées à la brésilienne. Ainsi nous ne sommes pas une équipe mais une « time », dont l’origine a  été  un jour « team » mais qui depuis se prononce « timi » et a développé une orthographe propre. De même, pour interpeler un ami, on peut l’apostropher d’un « Bro ? » (en roulant le r bien entendu), vous avez reconnu la première syllabe de brother, qui est complètement passée dans le langage courant.

Aussi, quand on est satisfait d’une situation, on dit qu’elle est « show de bola » ou « show » pour faire plus court, ce qui signifie tout simplement « spectacle de ballons », et qui est lié aux divertissements du foot. Du coup, pour exprimer sa joie ou son excitation on dit juste « show ! » ou « Foi show ! » (« ce fut un spectacle de ballons ! ») Invraisemblable !

9. Comme dans de nombreuses langues latines, le portugais raffole de suffixes, tantôt pour diminuer les noms, tantôt pour les rendre massifs. Cet homme n’est pas juste gros, gordo, il est gordão, extrêmement gros. Je n’ai pas d’argent, dinheiro, non pire, je n’ai pas de dinheirinho, le moindre sou. La règle est simple, mais finalement l’utilisation est plus que farfelue, car tout est petit, mignon, chou, « inho ». Pour se saluer, on dit mieux que « beleza », on se demande « belezinha ? » = tout va bien de façon calme ? On ne mange pas des gâteaux, mais des biscotinhos.

Et maintenant vous pouvez comprendre mon hilarité quand mon voisin au bureau appelle un collègue du département Juridique au téléphone et qu’il commence la conversation ainsi : « E aí cara ? Tá tudo bem, bro ? Se tá comendo um biscoitinho? » Littéralement “Bon alors, mec, ça va, mon frère? Tu manges un petit biscuit?”, avant de lui demander un renseignement sur une restriction liée à une réglementation. C’est complètement surréaliste, mais tout à fait informel et coutumier.

  1. Les Brésiliens ont de tous les peuples la maîtrise de l’art de l’esquive et de la feinte, le savoir de tout reporter à plus tard et d’enrolar, c’est-à-dire de rouler son interlocuteur,  de l’emmêler et l’arnaquer gentiment. D’ailleurs pour se dérober, on peut dire qu’on  « donne um Pélé » à quelqu’un, du nom du célèbre joueur de foot, spécialisé dans les esquives de ballons.  Pour introduire un discours mielleux qui va rouler, t’enrouler dans des palabres confuses, on aura coutume de dire « Deixa-me te falar uma coisa » (laisse-moi te dire quelque chose), on commencera par « Então » en trainant sur la dernière syllabe, « alors… », «Veja bem » : « Vois plutôt les choses ainsi… », en fait personne n’est dupe, on sait qu’on va se faire entourlouper, mais on rentre volontiers dans le piège du langage.

J’espère que vous êtes rentrés avec moi dans les méandres du portugais du Brésil, si créatif et foisonnant, souple et sensuel, exubérant et débordant!

Le bon dans ce top, c’est qu’il est vivant et volatil, comme la langue elle-même.

Ajout du 07/07

J’ai repensé depuis à trois expressions qui manquaient à mon top !

  1. « Isso », qui se prononce plutôt « iiiiiiisssoooo » et qui signifie « oui exactement » ou « oui c’est ça ! ». Quand on explique un point à une personne, qu’on donne une adresse à un chauffeur de taxi ou qu’on clôt une conversation téléphonique, on répondra systématiquement à l’autre « isso » quand on a la certitude qu’il a compris. On peut même s’amuser à le provoquer, en demandant de façon ingénue « É isso ? » (c’est bien ça ?) « Iiiiiissoooo ! »
  2. « Viu » -vu ? Le tic de language le plus répandu au Brésil, à niveau national. «Obrigada, viu », « gostei, viu » – merci, ok ? ou « j’ai aimé, tu sais », comme une question en suspens, un renforcement mélodieux de l’intention. Viu ?
  3. « Amei ». Au Brésil on exprime ses sentiments et ses émotions, comme si on publiait ses statuts d’humeur en permanence, je pense que cette transparence émotive est en lien avec la douceur de vivre. Ainsi, si on n’est mal à l’aise, on dira « não estou confortável com… », « je ne me sens pas bien par rapport à… » mais si on est content et satisfait, on le manifestera en exprimant spontanément « amei » : j’ai aimé, ou « gostei » : ça m’a plu, ou encore « adorei » : j’ai adoré. On aime et on adore tout : une tenue d’un collègue qui arrive le matin, une présentation, un dessert, un mec, un voyage. J’imagine la vie mentale des Brésiliens comme ça en fait, en train de distribuer des « likes » verbaux à tout et à tout le monde, en permanence.

Cependant, attention, comme me l’a dit une fois un collègue qui est prêtre à mi-temps (véridique), « Tati n’abuse pas du ‘adorei’ car le seul qu’on adore vraiment, c’est Dieu. » Respect!

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