Demain, tu auras un an.
Ces moments de la toute petite enfance, si intenses, qui ont parfois défilé à grande vitesse et ont parfois semblé durer cent ans, seront bientôt derrière nous.
Le 25 août 2024, tu es né au pic de l’après-midi à toute allure comme si tu étais finalement pressé de découvrir la vie, criant ton arrivée de la force de tes jeunes poumons.
Même si intuitivement tu savais téter, l’aventure de l’allaitement a été notre premier apprentissage commun. Épuisant, presque contre-intuitif et pourtant créateur d’un lien si particulier entre nous; illustrant la capacité formidable de mon corps de te nourrir encore au-delà de la cohabitation des 9 mois. Au bout de quelques semaines, nous avons pris nos marques et nous sommes parvenus à traverser cette voie lactée ensemble.
À huit jours exactement, nous t’avons donné tes trois prénoms devant nos familles et amis réunis dans une synagogue colorée. Tu es officiellement Avraham Zeev Francesco, mais pour nous tu es Avi.
Trois semaines après ta naissance, au consulat, tu es devenu Français, car tu es d’abord né Israélien à Tel Aviv.
Tu ressembles beaucoup à ton père, tu es sa copie conforme sur les photos de lui bébé mais bientôt les gènes maternels s’imposeront dans tes yeux noisettes et tes cheveux châtains clairs.
Les premiers mois servent à s’adapter, à s’ajuster les uns aux autres. Ton père et moi essayons parfois de retrouver ce qui nous lie à nos anciennes vies, mais tout est sens dessus dessous. On vit à ton rythme, et on est un peu en décalé.
On se rend bien compte que nous n’étions pas prêts pour la tornade de changements que tu apportes, mais au fond comment aurions-nous pu l’être?
On suit tes progrès avec application, mois par mois.
A un mois tu vis tes premières alertes lors de l’attaque de l’Iran mais tu bois ton biberon dans le mamad avec flegme.
Vers trois mois, tu apprends à te tenir sur le ventre, aux cours d’éveil avec Maor et Saul, tu découvres les bruits, la musique, et tu tournes la tête en suivant le son des instruments.
Tu commences les cours de bébés nageurs avec Léo, et tu es très à l’aise. Tu bats des pieds intuitivement et tu n’as pas peur de plonger la tête sous l’eau.
Tu souris à tous ceux qui font attention à toi mais les plus grands fous-rires sont avec ton père qui est de toutes les pitreries et toutes les acrobaties.
Chaque jour ou presque apporte son lot de premières fois.
A quatre mois, tu prends l’avion pour la France, pendant que ton père retourne à l’armée – c’est la première fois que vous êtes séparés. Tu rencontres ta famille française, tes petits cousins, tes oncles et tantes de cœur, tu découvres le froid de l’hiver parisien et ses virus redoutables, mais aussi la volupté de s’endormir dans sa poussette en roulant dans les musées.
A cinq mois et demi, tu commences la crèche à côté de la maison. Arrivé en cours d’année, tu es le plus jeune de ta classe mais tu charmes les puéricultrices qui te trouvent “haham, navon” : intelligent, qui comprend. Jason est ton meilleur copain avec lequel vous partagez jouets et microbes.
A six mois tu dis “mamama”: c’est un terme générique qui ne se réfère pas particulièrement à quiconque, mais bientôt tu sauras distinguer “Mama”, “Papa”, “Nana” qui peut signifier soit “Nonna, grand-mère” ou “chanter”. Tu ajouteras aussi à ton lexique: “Ta” c’est-à-dire “tiens”, “Na” (Non) et “Da” (Oui) – interprétation libre. Tu es aussi spécialiste de bruits de bouche en tous genres: claquements de langue et gargouillis.
Tu commences à goûter la nourriture solide sans trop d’entrain, mais Israélien que tu es, la pomme de terre douce et la thina (tahiné) t’enchantent. Tu tiens ton biberon plus ou moins tout seul, et ces premiers pas vers l’autonomie nous ravissent.
En Italie pour Pessah nous avons vu comme tu aimes être au centre de l’attention au restaurant. Dans ta chaise haute, tu regardes partout et babilles avec nos voisins de table. Déjà se profilent les premiers traits de ta personnalité: tu es curieux, observateur, rieur, confiant, heureux de vivre, tu adores jouer ou interagir avec les autres enfants. Tu aimes danser sur la musique et chanter avec le livre musical de Joe Dassin, mais, éclectique, tu es aussi amateur d’électro et de reggae. Tu n’as peur de rien et n’as d’ailleurs aucun instinct de survie, prêt à te jeter du lit, du canapé ou enchanté de tirer agressivement la queue de nos chats.
A huit mois tu as (enfin!) appris à t’endormir seul, au terme du coaching professionnel de tes parents qui n’en peuvent plus de vivre comme des zombies privés de sommeil, fantômes errants le jour, hébétés et aigris. Au passage, on te sèvre de ta tétine et commence une grande histoire de tendresse avec ton lapin bleu.
A neuf mois, tu roules pour la première fois en vélo avec ton père, puis avec moi. Tu n’aimes ni ne détestes particulièrement cette expérience, il t’arrive même de t’endormir en chemin.
Ton père prend une pause pour s’occuper et prendre soin de notre famille et le temps que vous passez ensemble vous rend inséparables. C’est lui qui t’aide à gagner en mobilité quand tu l’escalades pour attraper les objets qu’il cache ou qu’il te fait tenir en équilibre dans sa main. Il aide à grandir la jeune pousse que tu es en prenant appui sur son tronc solide.
Tu aimes ton reflet dans le miroir, et joues avec ton ombre quand le soleil la projette au sol, mais tu n’es pas particulièrement mobile. Tu prends ton temps pour te déplacer mais tu adores jouer à cache-cache avec tes langes ou tes mains. Tu bats des mains quand on dit « bravo ». Tu adores discuter avec tes grands-mères au téléphone et tu ris aux éclats avec tes tatas de coeur ou quand Rémi te joue de l’harmonica.
Vers dix mois, à ton rythme, tu te décides enfin à ramper en te propulsant uniquement avec ton pied droit. Le trajet ambitieux jusqu’à la fontaine à eau des chats est ton équivalent de la quête du Saint Graal.
Tu adores qu’on te lise des livres musicaux et tu sais bientôt appuyer tout seul sur la puce sonore. Tu sais aussi faire bouger avec les doigts les formes des livres qui s’animent.
Ces derniers jours, juste avant ton premier anniversaire, tu ne cesses de nous surprendre.
Tu fais le “hamoud” (le mignon) en penchant la tête et en souriant, tu t’accroches à nos jambes pour te mettre debout, tu as appris à “faire la vache”: “mmmmh”, et tu as une opinion sur les livres qu’on doit te lire le soir.
Tes doigts se plient et se déplient pour dire “shalom” et tu remues la main pour dire “au revoir”! Tu sais aussi tourner tes mains pour mimer les marionnettes de la chanson et tu rampes à toute allure, si possible vers ton nouveau lieu préféré: les toilettes.
T’habiller le matin est la chose que tu détestes le plus, peut-être égalée par l’affront qu’on te fait plusieurs fois par jour en t’imposant de changer ta couche. Tu as aussi appris à caresser doucement les chats même si tu es parfois brutal et t’es déjà fait griffer deux fois. Mais ce n’est rien et quelques instants plus tard tu les poursuis en criant.
À l’approche de ton anniversaire, on s’attarde sur les photos de toi dans nos bras à peine né, à l’hôpital ou les premiers jours à la maison, stupéfaits d’à quel point tu étais petit. On se penche au-dessus de ton berceau quand tu dors et on te trouve immense et beau. On souffle “tfu, tfu, tfu” pour nous protéger tous du mauvais oeil.
Il semble qu’on soit en permanence étonnés de ce qui nous arrive. Tu nous es arrivé. Tu nous as faits parents. Et cette année pleine d’aventures et d’apprentissages que nous avons vécue tous les trois, tu ne t’en souviendras pas, et elle ne représente même pas 1% des 120 ans que tous te souhaiteront de vivre demain.
Joyeux premier anniversaire Avi notre fils, nous t’aimons pour l’Avi!

💜
Saskia Fiszel +33(0)7 67 76 80 03
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